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Pour son premier long métrage, Jihane Chouaib a choisi le registre du documentaire, alors que c’est dans celui de la fiction qu’elle s’était exprimée – avec bonheur – jusque-là. Le sujet de son film, qu’elle n’avait encore pas abordé, est des plus personnels, à savoir son pays d’origine, le Liban, qu’elle avait quitté avec sa famille en 1976 lors du déclenchement de la guerre civile. Vivant ensuite au Mexique, elle était arrivée en France à l’adolescence et c’est là qu’elle avait étudié et s’était mise à réaliser. Pays rêvé n’a pas de liens thématiques ou formels directs avec les courts métrages de la jeune cinéaste, sinon une exigence dans l’écriture et une précision dans le montage constantes. La singularité de son regard, qui était éclatante dès Otto ou des confitures, Jihane Chouaib l’applique cette fois à elle-même, à ses origines, à son identité – lorsque, de retour au Liban, elle se sent en fait étrangère –, mais elle réussit le tour de force de désamorcer toute tentation nombriliste en partageant son point de vue, qu’elle enrichit ainsi, avec notamment ceux de sa sœur Nada ou du cinéaste Patric Chiha, dont le rapport au pays est également étroit (voir le Beyrouth flamboyant ressuscité par le récit de l’homme d’affaires de Home, 2006).

La construction du film, qui reconstitue peu à peu le “pays rêvé” de ces différents enfants de l’exil, dessine un territoire intérieur commun et l’on se plaît à tisser des liens entre les différents opus d’une œuvre déjà marquante… Le monde clos d’Otto… a quelque chose à voir avec l’enfance, un état idyllique d’équilibre qui explose avec l’intrusion d’un élément extérieur – métaphore possible de la funeste destinée libanaise après 1975. Dans le documentaire, la sœur de la réalisatrice exhume un souvenir qu’elle dit avoir peut-être inventé : les deux fillettes se cachant sous leur lit à l’alerte annonçant un bombardement ; Sous mon lit y situait justement, de façon symbolique, les peurs d’une adolescente au moment de devenir une femme… Et puis, cette sœur renouant avec ses racines en devenant danseuse orientale confie s’exprimer plus volontiers par le corps que par les mots : la chorégraphie amoureuse de Dru, entre confrontation et abandon, n’était pas autre chose… Le prochain projet de Jihane Chouaib, qui la verra revenir à la fiction, donnera sans doute d’autres clés, si besoin est.

Christophe Chauville

 


 

 

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Le 20 septembre 2012 Par Charlotte Bonnasse

« Pays Rêvé » de Jihane Chouaib : à la recherche d'une sensation qui s'appellerait Liban. 

« Quelque part au fond de moi, il y a un lieu que je rêve et que j’appelle : Liban, mon pays »: c’est ce qui pousse Jihane Chouaïb à partir à la recherche d’un « Pays Rêvé » qui ne lui appartient plus. Pays Rêvé, ce n’est pas la poursuite du Liban d’autrefois, encore moins un documentaire sur la guerre, c’est plutôt une invitation à parcourir un voyage intérieur, qui soulève avec intensité la question de l’identité et du rapport à soi. Entre douceur et déchirement. »

Un pays, une génération, cinq voix. Toutes différentes, elles reviennent sur les lieux qui les ont marquées, et nous parlent : de l’exil et de la guerre, d’un rapport déchiré à l’identité, de leur quête de ce lieu invisible qu’elles portent en elles comme une blessure. Quatre voix très singulières, très intimes aussi, qui s’entrelacent et se font écho, pour faire du film une expérience artistique d’une rare sensibilité.

Le film s’ouvre avec cette phrase abrupte: « Je viens d’arriver dans le pays où je suis née, et je suis une étrangère ». Une caméra de fortune filme l’expérience de l’extérieur, l’aéroport, une ville, immobile malgré toute la vie qui l’agite, les papiers d’identité, ces réalités fragmentées à l’image de son identité. Derrière, la voix off de Jihane s’exprime. Doucement, elle constate, elle doute, elle questionne: « A quoi retourne-t-on quand tout a disparu?, Comment dire nous encore? Que reste-t-il pour nous réunir? Est-ce que je pourrai retrouver la part perdue? ».  Ce lent poème d’amour (écrit par Wadji Mouawad) nous accompagne tout au long du film, nous parlant de son déchirement et de sa difficulté à dire je : « je veux mourir, je ne veux plus être moi, je ne veux plus dire le mot moi, je veux tout oublier, tout ».

L’un après l’autre, Wadji Mouawad, Katia Jarjoura, Nada Chouaib et Patric Chiha se livrent à la caméra, authentiques, dépouillés de tout artifice. Le dramaturge Wadji Mouawad met des mots sur les sentiments, il décortique, raisonne, déplie lentement la complexité de son être dans une chambre d’hôtel de l’aéroport de Roissy. Il convoque par sa voix la difficulté à grandir, à être soi et à se situer par rapport à ses racines : « Ce que j’entendais sur les juifs, sur les palestiniens, les sunnites, les chiites, étaient d’une violence dont j’étais convaincu pendant toute mon enfance. Il faut prendre le temps pour défaire ces choses-là, combattre en moi ce que ma confession a déposé. Je l’accepte comme un espace identitaire. Mais jamais je n’en ferai mon identité. » Nada Chouaib, soeur de la réalisatrice, nous plonge dans une expérience intimement sensible. Elle est davantage sensuelle et intérieure, en évoquant ses souvenirs et ses rêves de Liban: « être à la montagne, manger des cacahuètes, boire du café, jouer aux cartes en regardant la mer… » C’est par le corps qu’elle renoue avec ses racines: après avoir quitté le pays, elle a du changer de prénom et a perdu la capacité à s’exprimer pendant quelque temps. Par la danse orientale, elle retrouve le chemin de son être et de ses racines. Katia, journaliste, est une femme libre, qui veut découvrir son propre Liban, et non celui qu’a vécu son père. Elle a besoin de vivre la guerre pour se sentir libanaise; fréquentant le Hezbollah,  elle se confronte à des limites: on ne la reconnaîtra jamais vraiment comme une femme libanaise. Enfin, Patric Chiha, lui, ne se situe pas du tout dans une poursuite mélancolique du passé : il raconte simplement comment ce présent libanais se révèle différent du Liban lointain et légendaire qu’il imaginait. Ces quatre personnes présentent comme « différents mouvements du rapport à soi, à son héritage, à sa propre identité. Une histoire tout à fait intime et qui nous parle.

Quand Jihane Chouaib part à la recherche d’une « sensation qui s’appellerait Liban », elle renouvelle et libère des chemins pour penser l’identité, la notre et celle des autres. Et elle le fait avec toute la liberté nécessaire. Ce n’est pas autre chose qu’une expérience intérieure, une « sensation à toucher ». Le film sortira en salle le 31 octobre.

 


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Le « pays rêvé » des Libanais de l’étranger

Par Carole DAGHER | 11/02/2012

Malgré la nuit glaciale, nombreux sont ceux qui ont bravé une température sibérienne au-dehors pour venir assister à la première du film de Jihane Chouaib, Pays rêvé, au cinéma Saint-André des Arts. La jeune réalisatrice a présenté son premier long-métrage devant un parterre d’amis, de cinéphiles, de professionnels, et en présence des acteurs, producteurs et membres de l’équipe de tournage. Avec ses yeux qui ont conservé quelque chose de l’enfance, et sa voix qui est l’exact miroir de ses émotions, elle a remercié les présents, la société de production Iskra, l’équipe libanaise « qui a travaillé dans des conditions difficiles », Orjouane production, les techniciens et tous les coéquipiers de son aventure. Car ce projet est bel et bien une aventure, professionnelle autant que personnelle. Une aventure réussie en tous points.
Jusque-là, Chouaib s’était prudemment cantonnée dans le moyen métrage (Sous mon lit, Otto ou des confitures, et Étrangère de Danielle Arbid, avec qui elle a cosigné le scénario). Mais l’urgence d’un retour sur soi, l’obsession d’une quête identitaire habitent la jeune femme, qui aborde dans ce documentaire si personnel et si fort, les thèmes de l’enfance et de la guerre au Liban, de l’exil, du retour, de l’identité. Thèmes lancinants pour toute une génération de « Libanais de l’étranger », représentés par la réalisatrice, elle-même née à Beyrouth en 1972 et qui a dû quitter le Liban avec sa famille lorsque la guerre a éclaté en 1975, pour s’installer au Mexique, avant de poursuivre ses études en France. Cette identité multiple est partagée par les quatre « acteurs » qui se racontent avec une transparence qui fait de ce film un moment d’intimité captivant avec eux, avec soi. Patric Chiha, Nada Chouaib (sœur de la réalisatrice), Katia Jarjoura et Wajdi Mouawad se lancent – se « lâchent », devrait-on dire – sur les traces de leur enfance, des souvenirs familiaux, des retrouvailles avec des lieux que la guerre a détruits ou transformés irrémédiablement.

Ils expriment avec justesse cette brûlure au cœur, ce « chagrin infini et doux » qui est le leur, comme le dit si bien Wajdi Mouawad. Ils parlent au nom de toute une génération que la guerre a arrachée à son cocon identitaire, sa maison, son village, sa famille au sens large, ses habitudes, en un mot sa vie, et qui a acquis un autre passeport sur d’autres rives. À l’âge adulte, ils reviennent au pays comme des oiseaux migrateurs remontent à la source, non pas tant pour renouer avec leurs origines que pour tenter de dénouer les nœuds gordiens qui les constituent et qui expliquent ce qu’ils sont devenus ou aspirent à être. Journaliste libano-canadienne, comme Katia Jarjoura, homme de théâtre et metteur en scène franco-libanais comme Wajdi Mouawad, cinéaste et Libanais de Vienne comme Patric Chiha ou danseuse orientale installée en Espagne, comme Nada Chouaib, ils se réapproprient l’espace libanais et tentent « de se ressaisir de ce qui les construit ». Entre hier et aujourd’hui s’est installée une distance qui est celle de la guerre et de la paix, de ce qui reste de la mémoire pour intégrer le présent, l’odeur et les photos d’antan dans les maisons aux cicatrices béantes laissées par la folie des hommes. Il ressort de tout cela un mélange de douceur et de violence, de tendresse et de frustration, de beauté et de laideur (de beauté dans la laideur ?), qui vous prend aux tripes et vous interpelle de bout en bout, sans un seul moment de répit. Pays rêvé de Jihane Chouaib est le genre de films où l’on se laisse embarquer sans savoir où l’on va. Dès les premiers mots, que la voix douce et articulée de Jihane rend semblables à un écho familier, dès les premières images du soleil filmé de face, caméra au poing, avec la chaîne de montagnes enneigées, puis celles de l’atterrissage de l’avion et des deux passeports français et libanais que l’on exhibe avec perplexité, le spectateur est accroché. Parce que tout cela parle de nous, de chacun de nous. « Est-il possible de rattraper le temps ? En venant au Liban, retrouverai-je la part perdue ? » se demande Jihane, dont le texte lu par elle rythme les différentes séquences du film. Ce « je » qui part à la quête du « moi » nous interpelle. « À qui retourne-t-on quand tout a changé ? Mon pays existe-t-il encore ? » Est-ce le Liban de mon père, de « la mélancolie qui déforme tout », un Liban- fiction ? Ou le Liban de la guerre ?
« Nos enfances, comme un couteau dans la gorge », dit encore Wajdi Mouawad. Des quatre explorateurs du pays de l’enfance, il est le seul à ne pas être filmé sur le terrain, mais à l’aéroport, puis dans une chambre d’où l’on voit le ballet des avions dans la baie vitrée derrière lui. Le sourire, et l’humour et la vivacité de sa parole crèvent l’écran.  Alors oui, on comprend le besoin de sortir de son cadre communautaire et sociopolitique, d’avoir un regard extérieur sur tous ces politiciens « kitsch », de prendre du recul pour aller vers l’autre. « Ici, l’identité est une prison, on te demande de prendre parti », déplore Katia Jarjoura. La journaliste veut expérimenter l’exaltation des bains de foule du Hezbollah pour tenter de comprendre, de partager.
Partir et en même temps, « vouloir tellement appartenir ». Cette dualité est au cœur du film de Chouaib. Ses personnages parlent avec justesse de leur besoin d’un rapport charnel avec le Liban, de la culpabilité de n’avoir pas vécu la guerre, aux côtés de ceux qui sont restés. Pour Katia, la balle reçue à l’estomac pendant la guerre de 2006, laissant une cicatrice au ventre, a créé ce lien organique avec le Liban. « Être blessée pour m’ancrer ici », explique-t-elle. Pour Nada, qui « baragouine » un peu d’arabe et veut réapprendre sa langue natale oubliée, c’est la danse orientale qui la rattache à son identité, à sa féminité. Elle lui donne la liberté de s’exprimer avec le corps mieux qu’avec les mots, de peur de commettre une maladresse et de blesser les autres. La danse, expression de l’amour aussi. Wajdi partage, quant à lui, un fantasme de jeunesse, celui d’écrire une pièce de théâtre qui aurait été gravée sur le marbre du monument des Martyrs, puis jouée dans tout le Liban, et qui aurait mis un terme à la guerre. La guerre, omniprésente dans l’histoire de chacun. Elle les a rendus étrangers : étrangers à leur propre camp ou à l’autre, celui d’en face, puis étrangers dans le pays d’accueil dont ils ont pris la nationalité, puis étrangers de retour au Liban.
Sur les pas de son histoire familiale, Patric Chiha constate, en déambulant dans les pièces dévastées d’une maison à la mémoire blessée : « C’est un terrain mouvant, je connais et reconnais ce lieu et en même temps, je ne suis pas d’ici. » Plus loin, il ajoute, avec une émotion retenue : « On ne voit plus rien de ce qui existait, mais c’est dans l’air. »
Jihane Chouaib filme le Liban, « territoire intérieur », sans concessions ni faux romantisme. Sans mélancolie non plus. Son texte est servi par une caméra complice, sensible, qui capte le dit et le non-dit.
Il faut voir et revoir le Pays rêvé. Ce pays, chacun le reconnaîtra, car on le porte tous au fond de soi, que l’on soit « Libanais d’ici » ou bien d’ailleurs. À quand une projection au Liban ?

  

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