Katia Jarjoura

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Katia Jarjoura est née au Canada l’année du déclenchement de la guerre du Liban. Elle a grandi au Canada, a travaillé dans le Moyen-Orient, s’est posée un temps au Liban puis s’est finalement installée à Paris. Très jeune, elle est devenue reporter et a couvert les pires conflits, de l’Irak à l’Afghanistan, en passant par la Palestine. Comme pour y vivre les échos de l’horreur à laquelle elle a échappé. Comme pour expier. Jusqu’à cette blessure par balle, qui l’a ancrée au Liban et lui a donné le droit de se dire Libanaise.

Katia Jarjoura a aussi réalisé et co-produit plusieurs documentaires dont Princes de la GuerreSeigneurs de la Paix (2001-2002), et Terminator, la dernière bataille (Liban, 2006). Depuis, Katia est aussi passée à la fiction, avec un premier court métrage Dans le Sang, tourné à Beyrouth, qui traite de l’héritage de la violence au Liban. Le film a été projeté dans de nombreux festivals étrangers et a remporté le prix France 2 au festival de Brest, en 2009. Aujourd’hui, Katia travaille sur son premier long métrage, Long live Saddam, qui se déroule en Irak

 


 

Au début, ce fut la guerre. Celle que je n’avais pas encore connue mais que je portais déjà en moi, une ligne brisée dans les paumes de la main, un travers héréditaire, une seconde nature, enfouie, qui ne pouvait plus résister aux cris des sirènes. Puis, très vite, il y a eu l’addiction. Cette avidité de tout voir, de tout savoir, de s’approprier le goût du risque, l’odeur du sang – le Pays rêvé qui devient réel, trop réel – Et qui injecte sa part d’ombre comme un vampire, sa morsure. «Si tu avais grandi sous les bombes, tu aurais pris les armes, » me disait un jour un ancien milicien. Avec qui? Pourquoi? De quel côté? La guerre, une identité inachevée. Des slogans sur les murs, des armes comme alliées, des cicatrices sur ma peau. J’ai longtemps cru que ce Liban, pour me l’approprier, il fallait d’abord le souffrir, le pleurer. Dans ses ruines et ses lignes de front, j’ai voulu y voir ma propre histoire. Et j’ai creusé, creusé, creusé…Quand Jihane a fait tourner sa caméra, j’émergeais à peine des décombres. Le Liban me renvoyait ses plaies à la figure et se moquait de ma quête. Il avait désormais sa guerre, j’avais la mienne…Mais mon destin lui était, à jamais, dédié.

 

Copyright © 2012 ISKRA - Fanny Dollé-Labbé
Vidéo de Poche - Antonin Delboy

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